Mon zibaldone à moi

Il fare è il miglior modo di imparare
Un peu de tout, selon les besoins et les envies du moment

Poèmes de Comasia Aquaro

Extraits du recueil I fiori nei cantieri (Les fleurs dans les chantiers)

Che il mio urlo
non infranga le onde
non si scagli al molo
simile al legno delle vecchie navi.
Che il mio urlo
sia lucido
quanto un occhio onesto
e vada lontano
presto adesso
alla salvezza!
Que mon cri
ne brise pas les vagues
qu’il ne s’écorche au môle
comme le bois des vieux bateaux
Que mon cri
soit éclatant
autant qu’un œil honnête
et qu’il aille loin
vite maintenant
vers le salut !
Quello che mi è stato dato
è questo alfabeto povero
che ruoto con la lingua
non è poco
per una proletaria piena di botte.
A torto o a ragione
in bocca comando io.
Spianate spianate
e anche se bruciate i libri
le lingue resistono ai roghi
le piazze sono piene
di libri mai scritti coi polsi bianchi
di libri di libri
che odorano di cedro.
Tout ce qu’on m’a donné
c’est ce pauvre alphabet
que je tourne avec ma langue
ce n’est pas rien
pour une prolétaire pleine de coups.
À tort ou à raison
dans ma bouche c’est moi qui commande.
Aplanissez aplanissez
et même si vous brûlez les livres
les langues résistent aux bûchers
les places sont pleines
de livres jamais écrits par des manchettes blanches .
de livres de livres
à l’odeur de cèdre.
Eppure ci provo
ad entrare nel mondo
mi preparo i polsi
mi slargo la fronte a immaginare
mi purifico l’occhio da ogni male
ma niente da fare
refrattaria l’aria fuori
l’indifferenza sale
si gela
viene da vomitare
e me ne vorrei andare
un secolo a mare.
Et pourtant j’essaie
d’entrer dans le monde
je prépare mon pouls
je m’élargis le front à imaginer
je purifie mes yeux de tout mal
mais rien à faire
réfractaire l’air dehors
l’indifférence monte
on gèle.
envie de vomir
et je m’en voudrais fuir
un siècle en mer.
Nulla è nell’occhio
che raddoppi la visione
siamo zoppi di luce
troppo umani
per il fuoco di verità.
Toccarla e non toccarla
è la grazia che spetta
a chi brucia vanità.
Il n’est rien dans notre œil
qui accroisse la vision
nous sommes éclopés de lumière
trop humains
pour le feu de vérité.
La toucher et ne pas la toucher
est la grâce qui échoit
à qui brûle vanité.
Mi manca poco poco
alla vertigine
e già sul margine
a piedi all’aria
temo il senno che mi oscilla
e mi scintilla in quell’istante il cuore
ed è luce alla luce.
Il me manque si peu
au vertige
et déjà sur la marge
les pieds dans l’air
je crains ma raison qui à moi vacille
et en cet instant scintille mon cœur
lumière à la lumière.
A mezza via
tra la tua timida forma
e la mia limpida follia
lasceremo l’orma d’amore
che più non porta peso alcuno
ché di tutti e di nessuno
è memore l’amore puro.
A mi-chemin
entre ta forme timide
et ma folie limpide
nous laisserons la trace d’amour
qui plus ne porte aucun poids
car de tous et d’aucun
n’a de mémoire le pur amour.
Passeremo tutti
dalla porta bicolore
e notte e giorno saranno solo
un momento di vento. Null’altro.
A quell’istante tendo
con la veste bellissima dei puri
e si spalancherà azzurra l’aria.
Nous passerons tous
par la porte bicolore
et la nuit et le jour ne seront
qu’un moment de vent. Rien d’autre.
Vers cet instant je tends
dans le si bel habit des purs
et l’air s’ouvrira tout grand et bleu.
Questa corsa da me
mi sfianca
mi stanca restando
e non so più davvero
se sono me
o altri
e mi sveglio spossata
spaesata di me.
Cette course hors de moi
m’éreinte
m’exténue en durant
et je ne sais plus vraiment
si je suis moi
ou d’autres
et m’éveille épuisée
dépaysée de moi.
Mi si agghiaccia lo sguardo
per il dolore tuo
che è il mio se lo guardo
e mi spiace molto amico
per la tua faccia
che simile alla mia
nessuno abbraccia.
En moi se glace mon regard
de ta douleur à toi
qui est à moi si je la regarde
et je suis si peinée ami
de ton visage
que semblable au mien
personne n’étreint.
Quella pioggia
senz’ ombrello
mi disperava all’uscita da scuola
e fu quella
la prima solitudine / il primo gelo
quei saltelli da pozza a pozza
quel cercar balconi
per bagnarmi meno

..i poveri si bagnano
..i poveri non comprano ombrelli
..i poveri non comprano libri
..e non prendono
i bambini da scuola
quando piove..

E mi bagnavo sempre
e sempre mi intristivo.
Cette pluie
sans parapluie
me désespérait à la sortie de l’école
et ce fut là
la première solitude / le premier gel
ces petits sauts de flaque en flaque
à chercher des balcons
pour me mouiller moins

..les pauvres se mouillent
..les pauvres n’achètent pas de parapluies
..les pauvres n’achètent pas de livres
..et ne vont pas chercher
les enfants à l’école
quand il pleut..

Et je me mouillais toujours
et toujours je devenais triste.
Traduit de l'italien par Pascale Climent-Delteil

Certains de ces poèmes ont été publiés in Côté femmes, d’un poème l’autre. Anthologie voyageuse, poèmes réunis par Zineb Laouedj et Cécile Oumhani, Editions Espace Libre, 2009.

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